Quand j'étais petite je comptais souvent quel âge j'aurais si mes parents mourraient à tel ou tel âge, pour voir parce que quand je les voyais je croyais qu'en vieillissant on perdait nos émotions. Et je voulais pas avoir de peine. Ca fait même pas six mois que je commence seulement à changer de vision, surtout grâce aux parents des autres, à ma grande soeur & aux parents de mes parents. Je commence vraiment à mesurer les dégâts qu'ont fait les miens. Toute notre vie tourne autour d'eux, ils ont crée un cercle malsain & ils jouent avec nous, avec nos sentiments & nos émotions. Je me sens coupable, je me concentre & je réfléchis longuement pour me faire croire que tout n'est pas ma faute & que ce qu'ils font est dégueulasse. Je crois que j'en suis au stade entre la déception et le dégoût. Il y a encore une semaine j'ai cru au grand numéro que m'a joué ma mère pour se foutre de ma gueule. Au fond elle a fait ça parce qu'on s'était pas vues ni parlées depuis trois mois & qu'elle voulait que ça change, je le crois vraiment mais quand on veut vraiment que ça change on balance pas des mensonges, on change. Ma mère sous-estime ce qui nous lie et elle croit que je suis devenue la petite conne naïve qu'elle a fabriqué. Elle comprend pas que ce qu'elle nous fait subir rend impossible ce qu'elle a voulu faire de nous. On peut pas abandonner des gens en croyant qu'ils vont rester plantés là. Les conséquences entrent aussi en jeu. Mais elle fait pas ce genre de lien. Elle nous fait vraiment subir des chocs émotionnels inutiles. Personne ne peut se construire auprès d'elle. Je vois bien que ma soeur lutte comme moi tout le temps pour être vraiment sure que la famille n'a rien à voir avec ce qu'on a vécu entre nous. J'ai tout essayé, tout fait, mais ils sont comme ça, ils sont froids et se montent la tête entre eux, on ne peut rien faire contre l'amour qui les unit, c'est hallucinant. Je ne me sens ni enfant de quelqu'un ni assez adulte pour l'assumer. Je me situe anormalement entre les deux, j'ai une vie qui a mon âge mais mon âge ne me reflète pas. Je me sens anormale, je ne m'assume pas. J'écris connement des choses qui ont dix ans de moins que moi.
« Ecrire pour se taire ». C'est un bout immense de vérité. J'ai appris à dissimuler dans les phrases. A être vague, à faire des métaphores, à glisser une vérité dans un texte imaginé. Je n'ai compris qu'après. C'est comme ça qu'on ment. J'ai fait des phrases de cinq ou six lignes pour dire je ne t'aime pas. Pour dire ma lassitude, mon amour de tout sauf du principal, et tout ça m'a bousillé.
Je n'ai plus rien à dissimuler. Je ne suis plus ni celle d'avant le néant ni celle d'après. Je suis une fille recomposée. J'ai réappris à parler. Je me concentre pour écouter. Je ne bois plus pour oublier. Je ne crie plus toute seule au milieu de nulle part. Je suis quand même bizarre et pleine de peurs, d'angoisse, de questions, d'espoirs, de haine, d'incompréhension, de vie, d'idées. D'amour quoi. J'ai encore moins de thune qu'avant (mais encore plus de trucs à acheter) Je m'ennuie beaucoup en ce moment. Tout ça me force à me questionner & à tenter une énième analyse des sentiments et du comportement humain avec comme cobaye moi-même. Et ça ne m'arrange pas. Je bats mon record de débit de conneries publiées sur un blog & je me prends la tête sur n'importe quoi. En somme on reste les mêmes mais le monde tourne bien trop vite. On a à peine le temps de se remettre de nous-mêmes que tout a déjà changé. Le monde & notre perception en adéquation mentale. Et nos corps essaient de suivre. On n'est vraiment rien du tout.
Le monde nous est réapparu doucement. Depuis plusieurs mois je regrettais le temps où on avait débranché nos cerveaux & où on ne foutait strictement rien de nos journées. J'ai l'impression en fait que toutes les étapes que j'ai pu brûler dans le passé, je les vis maintenant au ralenti extrême. J'ai le temps de comprendre qu'on ne peut plus apprécier de ne rien foutre de nos journées trop longtemps. Si je n'avais pas le temps aujourd'hui, j'aurais toujours regretté cette époque en me demandant si on n'avait pas d'autre choix. Mais non. Il faut bien faire quelque chose de nos vies. Il y a le temps pour s'oublier, le temps pour se remettre, et le temps pour percevoir un futur aussi proche soit-il.

